Des métiers racontés par leurs ouvriers.
Métier raconté, les potiers de terre de Ravel.
La cuisson.
Avec son four électrique, Michèle Bénard est une potière sans souci, huit heures de cuisson pour parvenir à 980°, un refroidissement de 24 heures et elle peut défourner. Elle sait exactement le nombre de kilowatt-heures qui ont été consommés, donc le prix de revient de l'énergie dans son travail.
- Du temps du père Chanet, il en était tout autrement. Chaque cuisson nécessitait 300 à 400 fagots de bois. On imagine facilement ce que cela impliquait, un approvisionnement régulier auprès des paysans, un stockage en conséquence, une longue station de 12 heures devant la gueule du four pour fourcher les fagots et enlever la braise incandescente. Puis lorsque le potier estimait la cuisson terminée la couleur des flammes sortant de la voûte le lui disait mieux que n'importe quel pyroscope on attendait 2 ou 3 jours pour permettre un refroidissement lent. Pendant ce temps, on décendrait le foyer et ces cendres étaient répandues dans les bois environnants avec un wagonnet. La porte du four était démolie et on procédait au défournement.
- Doit-on regretter la cuisson au bois? La réponse est très nuancée. Michèle Bénard pense d'abord à la pénibilité du travail, « Surveiller pendant douze heures de temps un four, passer 300 fagots pour les cuissons, ce n'est vraiment pas un travail de femme... Moi, je vois, papa venait aider mon grand-père, il fallait bien deux hommes pour faire la cuisson ».
- Il faut ensuite songer à l'approvisionnement en bois. Non pas que cette région soit pauvre en bois de chêne, celui qui « tient » le mieux le feu, mais il faudrait trouver de la main-d’œuvre pour « faire » le bois. A part pour des usages domestiques, cette coutume n'a plus cours, les boulangers chauffent au mazout depuis longtemps et ne pleurent pas sur le temps du « pain au feu de bois ». Et il n'est pas sûr que le prix de revient du bois brûlé soit inférieur à son équivalent thermique en électricité.
- Pourtant Michèle Bénard a des regrets, « Mon grand-père obtenait des choses magnifiques. Par exemple, s'il y avait un coup de flamme dans le four, au milieu d'un brun, il obtenait un rouge magnifique sans savoir d'où ça venait ». Cet hommage rendu au coup de flamme est un peu l'éloge du hasard, de la fantaisie d'un appel d'air, du caprice d'un vent...
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Il y avait aussi cette possibilité d'obtenir des poteries noires en brûlant du genévrier vert, en obturant les carneaux, orifices de la voûte. Dans cette atmosphère enfumée et réductrice, privée d'oxygène, le rouge brique virait au noir, effet très apprécié en milieu rural, autrefois.
- En conclusion, la cuisson au bois peut présenter un réel intérêt pour des amateurs ou des activités éducatives auprès d'enfants. Elle ne semble pas avoir d'avantages déterminants pour un artisan actuel, pour de multiples raisons qui ne sont pas seulement d'ordre physique.

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