Des métiers racontés par leurs ouvriers.
Les charrons d'Auvergne et du Bourbonnais.
Considérations sur la construction de la roue.
La roue est multiforme et complexe, non seulement par son diamètre et son nombre de rais, mais par beaucoup d'autres caractéristiques.
a) L'écuanteur. Seule la roue unique, celle de la brouette par exemple, n'est pas écuée. Mais dès que l'on jumelle les roues sur un essieu, dans le tombereau par exemple, elles sont soumises à des forces contraires à cause de l'inégalité du sol. Elles sont donc construites en parapluie ouvert vers l'extérieur du véhicule, ce que nous explique Roger Méténier, « Si elle force beaucoup, pour se redresser, elle s'agrandit, donc elle est maintenue par son cercle. Elle peut pas s'agrandir. Donc elle est beaucoup plus solide. Il y a certains pays où les roues sont plus droites que d'autres, des pays de montagne où les terrains sont en biais, la roue est beaucoup plus couchée ».
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Donc dans les pays accidentés, où le débattement latéral est important, on accentue l'écuanteur pour renforcer la roue. Il en était ainsi à Volvic où on camionnait la pierre des carrières dans la plaine. Dans les Bois Noirs où on débardait le bois dans des chemins scabreux avant l'adoption des roues à pneus.
b) La largeur des cercles. « Il y a des régions où les cercles ne sont pas très larges. D'autres pays où les terres sont très meubles, les cercles sont beaucoup plus larges pour que ça rentre moins dans le sol. Ils chargeaient beaucoup moins, mais ils voulaient pas que la voiture s'enfonce. Autrement, elle serait rentrée jusqu'au moyeu ».
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L'expérience de Roger Méténier est précieuse car, ayant travaillé en différents endroits, il peut effectuer des comparaisons. Ainsi à Jenzat, pays rocheux, les cercles n'ont que 65 mm de large, A Bousset, pays de marais limagnais, les cercles avaient de 10 à 15 cm de large pour avoir davantage de surface portante au sol !
c) L'épaisseur des bandages. « Pour l'agriculture, dans notre région on mettait des bandages de 60 mm de large pour les chars et 22 d'épaisseur. Tandis que pour les gens qui faisaient la chaux, on mettait 70 de large et 27 d'épaisseur. Vous vous rendez compte de la différence? Parce qu'il y avait beaucoup plus d'usure ».
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Une usure supplémentaire était fournie, en pays accidenté, par les sabots de frein qui frottaient contre le bandage. Un excédent de métal devait être prévu à cet effet.
La roue, dans sa conception globale est un complexe de forces antagonistes où jouent.
- Des essences différentes de bois, pour éviter leur pourrissement.
- Des emboîtements en force calculés, la patte dans le moyeu.
- Des resserrements du bois par le métal, cordons, frettes, bandage. Ces cercles utilisant le coefficient de dilatation élevé des métaux à chaud, et en conséquence, leur rétractation à froid.
Mais si la plupart des assemblages se font en force, il y a également un certain nombre de jeux calculés sur le coup ou à terme.
- Le déjour des jantes qui évite le bris du mentonnet au moment du cerclage.
- Le jeu des goujons dans leur trou, entre les jantes.
- L'assemblage d'essences de bois à des stades de séchage différents. Forces et jeux l'annulent ou s'additionnent dans ce qui apparaît au non initié comme un « miracle technologique ».
Cette roue est enfin un chef d’œuvre de géométrie. Parfaitement circulaire lorsqu'elle est cerclée, elle n'est qu'un polygone curviligne quand la roue est en blanc. Ce sont les resserrements et jeux précités qui lui donneront cet aspect définitif.

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