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Pierre Trémaux était un orientaliste et photographe français 


Pierre Trémaux né a Charrecey le 20 juillet 1818 mort a Tournus le 12 mars 1895, est un architecte, second prix de Rome, orientaliste et photographe français, auteur de nombreuses publications scientifiques et ethnographiques.


1 - Voir



Il est l'auteur du livre Origine et transformations de l'homme et des autres êtres (1865), qui fait de lui le prédécesseur et précurseur de la Théorie des équilibres ponctués.
Jusqu'en 2010, on connaissait mal cet architecte qui n'a pas laissé de souvenir marquant là où il est né. Hormis sa prime jeunesse, les recensements de la population au XIXe siècle ne le situent pas à Charrecey, et il n'y a pas été inhumé. Une sépulture de famille existe toujours au cimetière de Charrecey, mais elle est davantage réputée pour être celle de l'historienne locale Léonie Prétet épouse de Christian Denis, dont le village garde le souvenir par ce nom Léonie Prétet-Denis donné à la rue principale. Léonie Prétet était par sa mère Jeanne Trémaux, la nièce de Pierre Trémaux. Or on constate que cette historienne, parlant des célébrités du village de Charrecey, ne fit aucune allusion à cet oncle qui revendiquait une notoriété scientifique.
Pierre Trémaux s’est illustré dans de nombreux domaines. Entré à l'École des beaux-arts en 1840, il reçut le second Prix de Rome d’Architecture en 1845. Architecte de formation, il travaille aux établissements Schneider au Creusot. Il s’intéresse à l’urbanisme, au percement du canal de Suez. Naturaliste, il voyage en Algérie, Tunisie, Haute-Égypte, Soudan oriental et en Éthiopie en 1847-1848, où il fait de nombreux dessins. D'Alexandrie, il remonte le Nil jusqu'en Nubie. En 1853-1854, il entreprend un second voyage à but photographique en Libye, Égypte, Asie Mineure, Tunisie, Syrie et Grèce.
Il rapporte de ses voyages des matériaux d’histoire naturelle, une relation passionnante1, ainsi que de superbes photographies qu’il a réalisées sur place en utilisant les techniques pionnières de la photographie. Certaines de ces photographies ont rejoint les fonds de nombreux musées d’art parmi les plus prestigieux du monde, comme le musée d'Orsay, à Paris2 ou le Metropolitan Museum de New York3.
Il semble que ce grand voyageur, brillant illustrateur, ait beaucoup extrapolé ses observations de terrain par une culture livresque, notamment relative à l'expédition en Égypte de Bonaparte[réf. souhaitée], et par des emprunts aux savants de son temps comme Charles Darwin. De même en géologie, où il prétendit être un précurseur, on ne peut que constater l'absence totale de considération de la part d'un de ses proches contemporains charcycois et authentique pionnier de la Carte Géologique de France, Léon-Vivant Moissenet[réf. souhaitée].
Néanmoins, Pierre Trémaux a été fait chevalier de la Légion d'honneur, membre "ad honorem" de l'Academie impériale des sciences de Russie (par le tzar Alexandre II en 1877). Mais il était avant tout architecte et photographe, et il suivit l'exemple de son illustre prédécesseur Vivant Denon pour devenir en 1852 (voyage en Asie Mineure) l'un des acteurs grâce à qui la photographie a fait de nombreux progrès dans le vaste champ expérimental de la seconde moitié du XIXe siècle. Notons pour Charrecey, la proximité géographique du berceau de la photographie qui se situe par son inventeur Nicéphore Niépce à Chalon-sur-Saône (musée Vivant-Denon et musée Nicéphore-Niépce).
On ne sait pratiquement rien sur sa vie. Il existe seulement une petite biographie de 23 pages réalisée par Édouard Ledeuil en 1878, du vivant de l'auteur, qui fait partie de l'introduction du livre de Trémaux Origine des espèces et de l'homme, et plus récemment, en 2011, une biographie de 24 pages publiée par Jean Pelletier-Thibert, mais qui n'apporte pratiquement rien de nouveau au texte publié par Ledeuil en 1878.
On sait qu’il est né à Charrecey le 20 juillet 1818. D'origine modeste, puisque son père était cultivateur selon l'acte de naissance 4 (et non tailleur de pierre comme l’écrit Pelletier-Thibert dans sa biographie). Dans cet acte, il est indiqué qu’il est le fils de Jean-Marie Trémaux et de Claudine Renaudin, dont les corps sont enterrés au cimetière de Charrecey dans un caveau familial où sont également inhumées deux sœurs de Trémaux et sa nièce, Léonie Prétet Trémaux (communication personnelle de Jean Pelletier Thibert). Pierre Trémaux n’y est pas enterré, quant à lui, alors qu’il est mort à Tournus, ville toute proche, puisque située à seulement 35 km de distance de Charrecey. On ne sait pas où Pierre Trémaux a été inhumé et où se trouve actuellement sa sépulture.
La lacune la plus importante dans la connaissance de la vie de Trémaux correspond aux dix-huit ans qui s'écoulent entre les dernières traces que l’on ait de lui et la date de sa mort, fait auquel Pelletier-Thibert n'a pas pu apporter d’explication dans sa biographie. En effet, le 8 octobre 1877, Trémaux envoie une lettre pour remercier le président de l'Académie des sciences de Moscou de sa nomination comme membre étranger de l'Académie (biographie de Ledeuil). Cette lettre est très importante parce qu'elle est datée à Charrecey, ce qui prouve qu’à cette époque Trémaux était résident du village. L’unique nouvelle trouvée sur les dernières années de Trémaux est une notice de 1892 où il apparaît dans une liste de souscripteurs à une revue dénommée Histoire de la ville et du canton de Tournus 5. Ce fait prouve que, trois ans avant sa mort, il maintenait encore une certaine inquiétude intellectuelle et l’on peut supposer presque avec certitude qu’il a vécu ses dernières années à Tournus, où il est mort. Cependant dans l'acte de décès6 on peut lire que Trémaux était « demeurant » à Charrecey ; par conséquent il est surprenant qu’il n'ait pas été enterré dans le caveau familial du cimetière de Charrecey. Pelletier-Thibert ne clarifie pas non plus ce fait dans sa biographie. Au moment de sa mort Trémaux était marié à Victorine Julie Marie Perrine Trémaux.

Théorie évolutive de Pierre Trémaux
Pierre Trémaux est l'auteur d'un ouvrage qui fit sensation à l'exposition universelle de 1867 à Paris : Origine et transformations de l'homme et des autres êtres (1865). Dans ce livre, est proposée, pour la première fois dans l'histoire (Wilkins et Nelson, 2008), la théorie évolutive qu'aujourd'hui on désigne sous le nom de théorie des équilibres ponctués.
Marx lui-même fut séduit par le livre de Trémaux et le recommanda par lettre à Engels le 7 août 1866. Ce dernier dans sa réponse du 2 octobre 1866 déclara ce livre sans valeur et disqualifia Pierre Trémaux dans son étude scientifique.
Toutefois, nous connaissons aujourd'hui l'existence de Pierre Trémaux notamment grâce à cette fameuse lettre. Car s'il n'y avait eu cette lettre, l'existence de ce livre et de Pierre Trémaux auraient peut-être été perdus à jamais pour l'Histoire. Le fragment le plus substantiel de la lettre de Karl Marx est le suivant :

Marx à Engels
Londres, le 7 août 1866
...Il y a un ouvrage très important, que je t’enverrai (mais à la condition que tu me le retournes, car il ne m’appartient pas) dès que j’aurai pris les notes nécessaires : « Origine et Transformations de l’homme et des autres Êtres » de P. Trémaux, Paris 1865. Malgré tous ses défauts, qui ne m’echappent pas, il représente un progrès très important par rapport à Darwin. Les deux principales propositions sont : que ce ne sont pas les croisements qui, comme on le croit, produisent les différences, mais à l’inverse l’unité de type des espèces. En revanche la formation de la Terre est, elle, une cause de differénciation (non pas la seule, mais la base principale). Le progrès, qui chez Darwin est purement accidentel, est présenté ici comme nécessaire sur la base des périodes de l’evolution du corps terrestre ; la dégénerescence, que Darwin ne sait expliquer, est ici toute simple. Même chose pour l’extinction si rapide des simples formes de transition, comparativement à la lenteur de l’evolution du type de l’espèce, de sorte que les lacunes de la paléontologie, qui embêtent tant Darwin, sont présentées ici comme nécessaires. De même est développée comme une loi nécessaire la fixité (abstraction faite de variations individuelles, etc) de l’espèce une fois constituée. Ce que Darwin présente comme les difficultés de l’hybridation, ce sont ici à l’inverse autant de piliers du système, puisqu’il est démontré qu’une espèce n’est en fait constituée que lorsque le croisement avec d’autres cesse d’être fécond ou possible, etc. Dans les applications historiques et politiques c'est bien plus important et plus riche que Darwin. Pour certaines questions, telle celle de la nationalité, etc., on trouve ici una base uniquement naturelle.

Marx a compris l'aspect le plus substantiel du livre et son extrême importance. Il montre en effet synthétiquement dans cette lettre l'idée fondamentale de ce qui est l'équilibre ponctué de Stephen Jay Gould et Niles Eldredge proposée en 1972 : longues périodes d'équilibre (stasis), interrompues par courtes périodes d'évolution rapide des espèces ("ponctuation"). Trémaux lui-même indique expressément ces deux termes dans le titre même de son livre de 1878 Origine des espèces et de l'homme avec les causes de fixité et de transformation (fixité = stasis, transformation -rapide dans le livre). Dans le livre anterieur de 1865, Origine et transformations de l'homme et des autres êtres, ces concepts sont expliqués plus amplement et avec tout un luxe de détails (chapitres VIII à XII).
À la page 272-bis Trémaux montre un schéma synoptique de sa théorie évolutive qui comme on peut l’observer obéit clairement à un modèle d'équilibre ponctué, avec les lignes droites entre les différents âges ou ères géologiques (stasis). Le plus étonnant de ce schéma, c’est que le point de bifurcation des lignes, c'est-à-dire quand une espèce (ou un groupe taxinomique supérieur) se transforme en deux nouvelles espèces ou groupes taxinomiques (et parfois trois), représente clairement un processus de cladogenesis7, et c'est aussi très surprenant que cela se produise justement au moment d'un changement d'ère, par exemple du Trias au Jurassique, en restant ensuite presque sans varier (lignes droites) jusqu'à un nouveau changement d'ère, le Crétacé. Donc Trémaux montre d'une façon nette dans ce tableau les changements évolutifs qui se succèdent pour les espèces et aussi pour des groupes à une grande échelle (macroevolution)8 exactement égale que la théorie de Gould et Eldredge, lesquels l'ont proposée pour donner une explication rationnelle aux données scientifiques paléontologiques à un niveau fondamentalement macroévolutif. C'est évidemment une manière très synoptique d'exposer sa théorie évolutive dans cet schéma, mais très claire et intuitive du modèle exposé dans le texte, qui explique parfaitement les discontinuités du registre fossile qui tant embêtait Darwin comme le dit Marx. Ce modèle est exactement égal au schéma qui s'applique aujourd'hui pour expliquer le modèle de Gould et Eldredge.
Les chapitres et paragraphes les plus importants et substantiels du livre de 1865, par rapport au dénommé équilibre de Trémaux (qui peut être assigné à l'équilibre ou principe de Hardy-Weinberg de Génétique des populations) et à l'équilibre ponctué de Trémaux, ont été amplement résumés et commentés par Wilkins et Nelson (2008). Comme l’indiquent ces auteurs, en résumant Trémaux :
Son idée du processus de spéciation consistait en ce que les populations locales atteindraient un équilibre adaptatif rapidement (Trémaux écrit explicitement le mot « équilibre » dans son livre), et à partir d'alors elles resteraient statiques, par le procès de croisement. Cela est très similaire, dans la forme et dans le fond, aux idées de l'équilibre ponctué de Gould et Eldredge
D’autre part, en plus d'être le précurseur de la théorie des équilibres ponctués, Pierre Trémaux est aussi l’auteur, et véritable « architecte », du concept de spéciation allopatrique, qui est officiellement attribué à Moritz Wagner, lequel l'a publié en 1868, c'est-à-dire trois ans après le livre de Trémaux. La théorie et les idées de Wagner en ce qui concerne l'isolement géographique dans le processus d'évolution des espèces sont exactement égales à celles publiées dans l’Origine et transformations de l'homme et des autres êtres (1865), auxquelles il convient donc de rendre, en toute justice, la paternité, de même que les concepts essentiels de l'équilibre ponctué doivent être attribués à Pierre Trémaux (Wilkins et Nelson, 2008).



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